Zoom : que voyez-vous ?

« Zoom : que voyez-vous ? » est une affiche de communication à destination des responsables des clubs bretons et organisateur·ices de manifestations échiquéennes, réalisée par la Commission de Prévention des Violences de la Ligue de Bretagne des Échecs, Laura LE MAREC (Atypik Chess) et Mayerline LISE (Yura Illustration), et financée par l'ANS.

L'affiche a été distribuée aux clubs bretons en Assemblée Générale le 13 septembre 2026. Tou·tes les responsables des clubs bretons sont invité·es à participer à cette campagne de communication en plaçant l'affiche de manière visible dans leur locaux, et à porter les messages de prévention des violences auprès de leurs licencié·es.

L'objectif de la campagne « Zoom : que voyez-vous ? » est de faire réfléchir les responsables des clubs, les organisateurs de compétitions, les arbitres et tou·tes les licencié·es, leur faire se demander comment il·elles peuvent contribuer à l'accueil des personnes en situation de handicap dans notre monde échiquéen.

L'affiche a été conçue pour tous les publics, pour être lisible et compréhensible y compris par les jeunes. Elle présente 8 situations et 8 descriptions, que chacun·e est invité·e à relier entre elles. Attention, ce n'est pas si facile qu'il y parait car la plupart des handicaps sont invisibles !

Votre avis nous intéresse : si vous avez des questions ou des propositions d'amélioration de cette page, n'hésitez pas à nous les faire parvenir par mél à handicap@echecs-bretagne.fr.

 

Echec et mat aux violences

 

À la question : « que voyez-vous ? », vous avez répondu « deux joueur·euses d’échecs » ? Vous n’avez pas tort, mais il faut chercher plus loin... 

 

A

Le personnage de dos a un handicap visuel, il joue grâce à un échiquier sensitif à part qui lui permet de repérer les cases et les pièces au toucher. Les cases noires sont par exemple surélevées par rapport aux blanches et les pièces d’une même couleur peuvent posséder un signe distinctif au toucher comme une pointe sur leur dessus. La pendule est adaptée pour indiquer au joueur aveugle ou malvoyant les temps restants en audio, à l’aide de relief ou de braille. 

Cette image correspond au témoignage : « Parfois j’ai du mal à entendre les coups annoncés par mon adversaire ». Une salle bruyante peut rendre inaudible l’annonce des coups.

En savoir plus… Un détail qui peut nous échapper si l’on n’est pas concerné par le sujet tout comme le parcours du combattant que peut être : trouver des ressources d’entrainement adaptées (livres, sites internet, pack vidéos, cours spécifiques, logiciels d’échecs etc.) ou encore se rendre à des tournois ou des clubs d’échecs facilement.

Le personnage de dos a un handicap auditif, il a besoin de lire sur les lèvres pour comprendre ce qu’on lui dit.  On vous laisse imaginer la difficulté pendant le COVID…

Cette image correspond au 2e témoignage : « Je ne comprends pas ce que me dit mon adversaire si je ne vois pas ses lèvres ».

En savoir plus… Il existe différents types de handicaps auditifs pouvant aller d’une perte légère de l’audition à une surdité profonde, toucher une seule oreille ou les deux, être temporaire ou durable. 
On peut entendre les sons sans pour autant comprendre les mots, une contrainte qui amène souvent à faire répéter son interlocuteur ou à répondre à côté. Tenter de déchiffrer des conversations à plusieurs, être en présence de bruit, parler au téléphone etc. sont autant de situations qui demandent des efforts d’écoute pouvant entraîner une grande fatigue et un isolement social. 
Pour tenter d’aider une personne avec un handicap auditif, vous pouvez privilégier les endroits calmes, parler à tour de rôle, vous adapter en articulant davantage, apprendre la langue des signes ou comme pour tous les handicaps : lui demander directement ce qui serait le mieux pour elle... Crier ou l’infantiliser en revanche ne sera d’aucune utilité :-).

B

C

Le personnage de droite a un TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité). Il a globalement des problèmes d'inattention, de désorganisation et d’hyperactivité / impulsivité. C’est très difficile pour lui d’être concentré sur sa partie, de ne pas se lever régulièrement de sa chaise ni d’occuper ses mains, sa bouche ou simplement de ne pas bouger. On lui reproche souvent le fait de ne pas respecter les gens, on lui dit qu’il est « mal élevé » etc.

Cette image illustre principalement le témoignage : « Je n’arrive pas à rester à ma place, on prend cela pour un manque de respect ».

En savoir plus… Il y a des joueurs qui n’ont pas de handicap et qui n’ont pas un comportement très respectueux vis-à-vis de leur adversaire et il y en a que l’on prend pour des joueurs irrespectueux alors qu’ils luttent contre des difficultés invisibles.
Le TDAH est un trouble neuro-développemental (TND), c’est-à-dire qu’il apparaît durant la période de développement de l’enfant. Il existe aussi le TDA (trouble de l’attention) sans hyperactivité.
Les TND étant souvent « associés » entre eux (nous y reviendrons plus bas), il est commun qu’une personne puisse les cumuler. Une même difficulté peut également se retrouver dans plusieurs troubles, ce qui rend difficile le diagnostic de ces derniers. Il n’existe donc pas de réponse unique pour associer cette image à un témoignage, d’autres peuvent correspondre aussi. 
Les TND ne sont pas des maladies, on ne peut pas en « guérir ». Il s’agit simplement d’une autre façon de fonctionner qui engendre des difficultés avec lesquelles il faut cohabiter. Des stratégies existent pour apprendre à améliorer le quotidien et les échecs peuvent apporter leur pierre à l’édifice : mémoire, attention, concentration, tolérance à la frustration, patience, organisation de la pensée, gestion du temps, planification, adaptation, traitement de plusieurs informations à la fois...

Le personnage de gauche a un trouble spécifique des apprentissages. Autrement dit, il a de grandes difficultés dans les matières scolaires comme la lecture (dyslexie), l’écriture (dysorthographie) ou encore les mathématiques (dyscalculie) etc. À l’école et dans son entourage, on lui dit souvent qu’il est bête, nul, qu’il ne comprend rien ou qu’il ne fait aucun effort. Pourtant des efforts il a l’impression d’en faire beaucoup et ça l’épuise mais ça ne suffit jamais à ratrapper le niveau des autres. 
Aux échecs c’est différent, il a un très bon niveau. C’est le seul refuge où il se sent à peu près bien. Mais ses parents lui ont annoncé que s’il n’avait pas de meilleurs résultats scolaires, il ne pourrait plus y aller.

Cette image correspond au témoignage « Je suis en échec scolaire, pourtant j’ai un fort niveau aux échecs », témoignage qui pourrait lui-même être associé à d’autres handicaps.

En savoir plus… Avoir des difficultés à l’école ne signifie pas être bête. Le trouble des apprentissages n’est pas dû à une déficience intellectuelle ou à un manque de volonté. Ne pas réussir à apprendre certaines choses n’empêche pas d’en maîtriser d’autres. 
Certains troubles comme le TSA (trouble du spectre de l’autisme, voir plus bas), le TDAH (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité), et d’autres peuvent contribuer à un trouble spécifique des apprentissages. Le cadre scolaire classique n’est pas toujours adapté aux besoins de ces élèves. Ces difficultés peuvent être à l’origine d’une grande souffrance notamment lorsqu’elles se répètent au quotidien : perte d’estime et de confiance en soi, évitement ou anxiété face aux apprentissages, isolement ou difficultés relationnelles, découragement, sentiment de différence ou de décalage, etc. 
Les échecs, en plus de pouvoir développer un grand nombre de compétences, sont pour beaucoup un refuge dans lequel seul l’échiquier compte, faisons en sorte qu’il le reste !

D

E

Le personnage à gauche a un TCA (trouble du comportement alimentaire). Il en existe plusieurs mais prenons pour exemple le sien : quand il est en tournoi il n’arrive quasiment pas à manger. Régulièrement, on lui demande s’il a mangé, pourquoi il ne mange pas, « il faut manger pour pouvoir jouer » , « tu ne vas pas tenir », etc.

L’image est reliée au témoignage : « Quand je suis en tournoi, je n’arrive pas à manger ».

En savoir plus… Ce trouble a des conséquences sur la santé physique mais aussi sur le fonctionnement psychologique et social. Imaginez un joueur passionné d’échecs qui devrait se rendre à un tournoi d’une semaine sans pouvoir manger correctement.
Les TCA peuvent être étroitement liés à d'autres troubles comme le TDAH, le TSA, le TAG, le SSPT etc. (nous y reviendrons plus bas). Ils peuvent aussi être présents indépendamment de tout handicap ou chez une personne dont le handicap n’a a priori pas de lien direct avec ce trouble. 
Il peut donc être associé à toutes les images présentes sur l’affiche, tout comme la plupart des témoignages du jeu.  Vous l’aurez compris, des handicaps différents peuvent entraîner des difficultés similaires qui n’ont pas nécessairement la même origine ou le même fonctionnement, elles peuvent aussi s’influencer les unes les autres. 
Plutôt que de souligner un comportement qui vous semble étrange ou qui diffère de la norme, vous pouvez simplement parler avec la personne concernée sans la juger, en lui posant des questions : comment elle se sent, est-ce qu’elle a envie d’en parler, est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour l’aider, etc.

Le personnage de droite a un TSA (trouble du spectre de l’autisme). On utilise le mot « spectre » pour expliquer qu’un TSA peut se manifester de façons multiples d’une personne à une autre. Prenons un exemple avec notre personnage de droite. Il porte des bouchons d’oreille parce qu’il ne peut pas se concentrer et réfléchir à sa partie sans. Le moindre bruit, anodin pour les autres, est décuplé chez lui. C’est la fin de partie, les deux joueurs n’ont quasiment plus de temps et la foule qui s’est formée autour d’eux l'oppresse. S’il ne met pas les mains devant ses yeux, son cerveau ne se concentre que sur les détails de l’environnement, l’empêchant de jouer. Le néon au-dessus de lui ne voudrait pas arrêter de clignoter d’ailleurs ? À la fin de la partie, plusieurs personnes viennent lui parler en même temps, c'est trop pour lui.

Cette image illustre le témoignage « Je suis hypersensible à la foule, aux bruits, à la lumière ».

En savoir plus… Le TSA est un TND (trouble neuro-développemental). Il se caractérise globalement par des difficultés dans les interactions sociales et la communication, des comportements et intérêts restreints ou répétitifs, des hypersensibilités sensorielles (bruit, lumière, odeur, toucher…). Il peut entraîner une fatigue intense, un sentiment de décalage permanent et un isolement du fait de nombreux troubles souvent associés : TDAH, anxiété, troubles du sommeil, des apprentissages ou alimentaires, dépression, difficultés des fonctions exécutives, etc.
Certaines personnes ont appris toute leur vie à masquer leur différence, souvent au prix d’efforts épuisants.

F

G

Le personnage de face a un handicap physique, il est en fauteuil roulant (on aperçoit légèrement le haut des poignées du fauteuil). Les difficultés auxquelles il doit faire face dépendent beaucoup du type de son handicap.

Cette image illustre le témoignage « Je sais que la salle est de plain-pied, mais les toilettes seront-elles accessibles ? ».

En savoir plus… Jouer un tournoi d’échecs en apparence accessible aux personnes à mobilité réduite peut s’avérer être un vrai casse-tête. Se rendre sur place avec des trottoirs impraticables, dépendre de quelqu’un sur le lieu de jeu selon les situations, devoir attendre devant un ascenseur qui ne fonctionne pas, se rendre compte que les toilettes ne sont pas adaptées, subir le regard des autres, des moqueries ou de l’infantilisation…

La chaise vide illustre un trouble anxieux. Le personnage qui devrait être à gauche de l’image est passionné d’échecs mais lutte pour jouer des tournois. Il a une position complètement gagnante sur l’échiquier mais sa pendule défile et son adversaire se demande bien ce qu’il est parti faire. Est-ce qu’il est en train de tricher ? L’anxiété a un impact sur le comportement des joueur·euses et leur niveau de jeu, jusqu’à les faire abandonner des compétitions.

Cette image illustre le témoignage « Je fais des crises d’angoisse, jusqu’à aller vomir aux toilettes pendant mes parties ».

En savoir plus… Les troubles anxieux se manifestent par l’apparition de crises d'angoisse extrêmement handicapantes et difficilement contrôlables. Ils peuvent être en partie compensés par des médicaments, mais cela n’est pas sans conséquence sur le niveau des joueur·euses. Les troubles anxieux sont nombreux et très variés : trouble panique, agoraphobie, anxiété sociale, TAG (trouble anxieux généralisé), TSPT (trouble du stress post-traumatique), etc. Ils peuvent être associés à d’autres troubles ou exister seuls et représenter un véritable handicap au quotidien. Là où l’anxiété est une réaction utile face à un danger ou à une situation stressante, le trouble anxieux, lui, se caractérise par le fait que l’anxiété devient répétée, durable ou trop intense.

H